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Les consultations se font à distance

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Technologie / 15 décembre 2015 / ID Magazine #23

Les consultations se font à distance

​Le Conseil départemental du Cantal expérimente sur son territoire la télémédecine. Cinq sites ont été identifiés pour tester ces nouvelles façons d’apporter des soins, notamment pour les personnes ayant des difficultés à se déplacer. L’initiative a reçu cette année un Territoria d’Or dans la catégorie « Usage des TIC ».

Les consultations se font à distance

​La télémédecine, c’est quoi ?

Proposer une pratique médicale à distance, grâce aux nouveaux moyens de communication : voici en une phrase la définition de la télémédecine. Etablir un diagnostic, assurer le suivi d’un patient, demander l’avis d’un spécialiste, prescrire ou réaliser des actes et des prestations : la télémédecine est un outil qui offre aux professionnels de la santé de multiples possibilités.

Dans le cadre de la réglementation, 5 types d’actes médicaux sont aujourd’hui réalisables via la télémédecine :

∙ La téléconsultation : le professionnel médical peut alors donner une consultation à distance à un patient

∙ La téléexpertise : permettant à un professionnel médical de solliciter à distance l’avis d’un ou de plusieurs professionnels médicaux

∙ La télésurveillance médicale : elle permet à un professionnel médical d’interpréter à distance les données nécessaires au suivi médical d’un patient

∙ La téléassistance médicale, qui a pour objet de permettre à un professionnel médical d’assister à distance un autre professionnel de santé au cours de la réalisation d’un acte

∙ La réponse médicale, qui est apportée dans le cadre de la régulation médicale.

Pourquoi l’expérimenter dans le Cantal ?

Le Conseil départemental du Cantal a décidé d’expérimenter la télémédecine sur son territoire, à travers la démarche « Cybercantal, télémédecine ». Cette action, initiée dès 2012, « a pour objectifs principaux de lutter contre la désertification médicale et d’améliorer l’attractivité territoriale », explique Anh-Thu Thai-Duc, chef de projet télémédecine au Conseil départemental du Cantal.

Comme de nombreux territoires ruraux, le département doit en effet faire face à une pénurie de professionnels de santé, et notamment de médecins spécialistes. Dans ce contexte, la télémédecine représente un des outils pour pallier ce manque. Elle permet aussi d’améliorer l’accès aux soins et la qualité de la prise en charge des patients grâce à la continuité des soins.

La réalisation d’actes médicaux à distance offre également un autre avantage : « Elle est particulièrement bénéfique pour les personnes qui ont des difficultés à se déplacer », remarque Anh-Thu Thai-Duc. Et notamment les personnes âgées, ou atteintes de la maladie d’Alzheimer, « pour qui un déplacement à l’hôpital pour rencontrer un spécialiste peut provoquer une grande fatigue et une désorientation ». Une situation d’autant plus problématique que « certains établissements se situent à plus d’une heure de route du centre hospitalier ».

Déploiement : d’abord la dermatologie

Cette expérimentation se déroule dans cinq établissements partenaires : 2 établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), 2 foyers d’accueil médicalisés (FAM) et une clinique.

Pour savoir quelle spécialité déployée en premier dans ce dispositif, « nous avons créé un groupe de travail afin de recenser les besoins des établissements ». La dermatologie, qui concernait l’ensemble des établissements, a donc été choisie pour être la première à être proposée sur le terrain. D’autres domaines, comme la cardiologie, la neurologie ou encore la rééducation fonctionnelle sont concernés.

Pour la dermatologie, après un travail préparatoire des équipes, les premières consultations ont débuté en novembre 2014. Durant les 11 premiers mois, 46 actes ont été réalisés via la télémédecine. « L’évaluation du dispositif va bientôt commencer, mais d’ores et déjà, les retours sont positifs, de la part des patients et des équipes médicales ».

Sur le terrain

Le premier maillon de la chaîne est bien souvent l’infirmière de la structure. « C’est fréquemment elle qui détecte le problème chez le patient », souligne Anh-Thu Thai-Duc. Elle en réfère alors au médecin, qui signifie l’acte. « Une prise de rendez-vous est effectuée pour réaliser la téléconsultation. Le Jour J, chacun se connecte, et la consultation peut commencer grâce au chariot de téléconsultation mis à disposition des sites pilotes ». L’ensemble des informations médicales transitent via le télédossier du patient, hébergé sur une plateforme internet sécurisée.

Et demain ?

Dans un premier temps, l’expérimentation devait durer 2 ans (2014-2015). Mais le Conseil départemental envisage de prolonger cette expérience durant trois ans, afin d’une part de permettre une évaluation plus précise du dispositif et, d’autre part, d’attendre une codification et une tarification des actes de télémédecine. Cette prolongation pourrait être mise à profit pour tester de nouveaux matériels plus mobiles (smartphones, tablettes…) et élargir l’expérimentation à des professionnels libéraux et maisons de santé.

A ce jour, seule la télédermatologie est active. « Nous débutons en ce moment la cardiologie avec de la téléexpertise ». Et d’autres spécialités vont suivre : la médecine interne, l’infectiologie, la rééducation fonctionnelle, la pneumologie ou encore la psychiatrie (pour un des 5 sites pilotes). Autant de perspectives pour le développement de cette pratique médicale de demain.


Les Chiffres :

Budget global de l’expérimentation au niveau départemental (pour 2 ans) :

370 000 € financés à : 50 % par le Feder Massif Central (fonds européens)

42 % par le Conseil Général du Cantal

8 % par le Conseil Régional d’Auvergne

L’investissement (chariot, caméra à main, maintenance, licence) s’élève à 27 000 € HT par établissement, soit 135 000 €

En 11 mois, 46 actes réalisés pour 33 patients :

∙ 36 actes de téléconsultations

∙ 10 actes de téléexpertises 

Pierre-Laurent Pizy


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