Terminés les camions poubelles qui circulent dans le centre historique de Barcelone. Les habitants déposent leurs déchets dans une poubelle dédiée juste en bas de chez eux. Les sacs de déchets tombent sous la rue dans un réseau de canalisations à air comprimé. Les déchets sont ensuite traités sous un marché couvert dans une décharge souterraine.
Les avantages de ce système ? Aucun bruit et plus d’odeurs : l’aspiration des sacs est totalement silencieuse. Le sous-sol de Barcelone est équipé de 40 km de tubes. Les nouveaux immeubles sont directement reliés à ce réseau souterrain.
Barcelone : La révolution du porte-à-porte bouscule la collecte des déchets
À Barcelone, la gestion des ordures ménagères se réinvente. Face à des objectifs de recyclage ambitieux fixés par l’Europe, la capitale catalane déploie des stratégies contrastées sur son territoire, avec en fer de lance un système de collecte en porte-à-porte, ou « Porta a Porta », qui affiche des résultats spectaculaires mais non sans susciter des débats.
Le « Porta a Porta » : un champion du recyclage aux résultats probants
Loin du traditionnel ballet des camions vidant des conteneurs collectifs souvent débordants, le système « Porta a Porta » impose un nouveau rythme aux habitants de certains quartiers. C’est notamment le cas dans une partie de Sant Andreu et de Sarrià. Le principe est simple : les résidents sortent leurs déchets triés devant leur porte selon un calendrier de collecte strict pour chaque type de matériau (organique, emballages, papier/carton, verre et non recyclable). Fini l’anonymat du conteneur, chaque foyer est responsable de son tri.
Et les chiffres parlent d’eux-mêmes. Au début de l’année 2023, le quartier de Sant Andreu affichait un taux de collecte sélective de 81,7 %, se plaçant ainsi en tête de toute l’aire métropolitaine de Barcelone. Sarrià suivait de près avec 74 %. Des performances qui tranchent radicalement avec la moyenne de la ville, qui peine à dépasser les 39,5 %. Ce succès s’explique par une responsabilisation accrue des citoyens, qui reçoivent des kits de tri spécifiques, incluant des sacs de différentes couleurs et de petits bacs aérés pour les matières organiques.
Ce modèle, bien qu’efficace, a connu des débuts mouvementés. À Sant Andreu, son implantation a provoqué des protestations de résidents, critiquant la contrainte logistique et l’esthétique des rues jonchées de sacs-poubelle à heures fixes. Si la grogne s’est en partie apaisée face à l’évidence des résultats, le débat sur son expansion reste vif.
Des systèmes de collecte variés et une fiscalité incitative
En dehors de ces zones pilotes, le système majoritaire à Barcelone reste celui des conteneurs de rue, avec cinq bacs de couleurs différentes pour le tri : marron pour l’organique, jaune pour les emballages, bleu pour le papier et le carton, vert pour le verre et gris pour les ordures ménagères résiduelles. Dans certains quartiers plus centraux et denses, un système de collecte pneumatique souterraine a également été installé, permettant d’aspirer les déchets directement depuis des bornes spécifiques.
Pour encourager les bonnes pratiques, la municipalité commence à introduire une fiscalité plus incitative. Si la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (la taxa de tractament de residus) est majoritairement intégrée à la facture d’eau des résidents, des bonus commencent à voir le jour. Dans le quartier de Sarrià, par exemple, les foyers qui s’engagent et trient correctement leurs déchets organiques peuvent bénéficier d’une réduction allant jusqu’à 30 % sur cette taxe. Une autre incitation, plus originale, permet aux habitants de toute la ville de réduire leur facture d’eau en amenant certains déchets spécifiques (comme les huiles de cuisson usagées, les petits appareils électroniques ou les capsules de café) dans des « points verts » (punts verds), fixes ou mobiles.
Barcelone se trouve donc à la croisée des chemins. Entre un modèle de collecte en porte-à-porte très performant mais socialement plus complexe à déployer et un système de conteneurs plus classique mais moins efficace, la ville cherche la bonne formule pour devenir un modèle de durabilité urbaine. L’enjeu est de taille : réduire drastiquement la part des déchets finissant en décharge ou en incinérateur et faire du recyclage une habitude ancrée dans le quotidien de chaque Barcelonais.